Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/391

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SUR L’ART POÉTIQUE D’HORACE. 3o5

Mme DE SÉVIGNÉ, XI 2O J"1l.lç~

mot, et que l’autre n’est venue qu’en conséquence de celle-là et qu’on en trouve fort peu d’exemples? Je garderai cette preuve pour la fin elle décideroit trop promptement cette question, qui donne lieu à des réflexions assez curieuses. 51. de S* poursuit « A-t-on jamais dit qu’une chose qu’on n’a jamais entendue soit commune parce qu’elle pouvoitêtre trouvée par tous les hommes du monde? Les bons mots de Mme C** sont-ils communs, parce que personne ne les a jamais dits, et que tout le monde les pouvoit dire? « Y a-t-il quelqu’un que ce raisonnement puisse surprendre? En vérité M. de S* me prête ici des armes trop fortes contre lui, en retombant dans l’équivoque de terme, et en confondant mal à propos les bons mots de Mme C** avec les sujets sur lesquels elle les a dits. Éclaircissons cette matière, qui seule pourroit décider tout à fait la difficulté.

Les bons mots de Mme C** sont à elle en propre après qu’elle les a trouvés mais auparavant ces bons mots et lés sujets quiy ont donné lieu étoient communia, appartenoient à tout le monde, et Mme C** ne s’en est emparée la première, que parce qu’elle les a cherchés et que pour les trouver elle a eu plus d’esprit que les autres. Ces bons mots sont proprement des caractères, et il n’y a presque point de différence entre ces caractères et ceux d’Achille, de Patrocle, d’Agamemnon, qui étoient connus de même, c’est-à-dire exposés à tout le monde du temps d’Homère, et avant qu’Homère les eut formés. Mais après qu’Homère, plus heureux ou plus ingénieux que les autres, s’en est saisi, ils lui appartiennent en propre, et on n’a pas la liberté de les changer. Pythagore et Démocrite soutenoient que l’air étoit plein d’images et de héros2. Qu’ils auroient bien parlé, s’ils avoient voulu dire parla que le monde est plein de caractères de héros de théâtre I Chacun a la liberté de s’en servir et de leur donner un corps. Ils sont communs, c’est-à-dire au premier occupant; mais après que quelqu’un s’en est saisi, ils cessent d’être communs, et deviennent publics, c’est-à-dire que la propriété en appartient à quelqu’un, ce qui n’empêche pas que le public n’en jouisse5, et voilà pourquoi I. Mme Cornuel, nommée en toutes lettres dans le faetum de Sévigné voyez ci-dessus, p. 299.

a. Démocrite soutenait que des images, des simulacres, comme les nomme Lucrèce, se détachaient de la surface des corps et se répandaient daus l’atmosphère et Pythagore enseignait que « l’air était plein d’âmes, et que ces Ames étaient considérées comme étant les génies et les héros. » Plutarque parle plusieurs fois de cette opinion de Démocrite, particulièrement au chapitre i do sa Fie de Paul-Émile, et Diogène de Laërte rapporte celle de Pythagore dans la Vie de ce philosophe (livre V[[[, chapitre n, 32).

3. Dacier aurait dà dire, puisqu’il va renvoyer aux définitions juridiques