Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/390

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3o4 CH. DE SÉVIGNÉ ET DAÇIER

Viribus; et versate diu, quid ferre récusent,

Quid valeant humeri1.

« Choisissez toujours des sujets quine soient pas au-dessus de vos forces, et examinez longtemps ce que vos épaules peuvent ou ne peuvent pas porter. »

II n’est pas possible non plus qu’Horace ait dit qu’il est difficile de traiter d’une manière nouvelle ces sujets connus; car je vousprie, Monsieur, par cette manière nouvelle, l’on entend l’ordre, les paroles, les pensées et les sentiments, ou l’on entend simplement le sujet et le caractère.

Si c’est le premier, il n’est pas vrai qu’Horace trouve cela difficile, puisqu’il a dit au contraire

Gai lecta potenter erit res,

JVee facundia deseret hune, nec lucidus or do*.

« Celui qui aura choisi un sujet proportionné à ses forces, ne manquera ni d’ordre ni d’expressions5. » Son sujet lui fournira l’ordre, les expressions et les sentiments.

Et si c’est le dernier, c’est-à-dire le sujet et le caractère, Horace n’a garde de dire qu’il le faut traiter d’une manière nouvelle, puisque cela seroit très-vicieux, et que ces sujets et ces caractères connus doivent être employés comme on les trouve. On ne les rend nouveaux qu’en variant la disposition des incidents, et en ne suivant pas servilement ceux de qui on les emprunte. Horace l’explique plus bas, non pas comme une chose difficile, mais comme une chose qu’on doit observer. D’ailleurs la conduite des incidents n’est pas plus difficile dans les sujets connus que dans les sujets inventés, puisque, comme Aristote l’a fort bien prouvé4, il y a la liberté de les imaginer, de les inventer, dans les uns comme dans les autres. « Mais, dit M. de S* pourquoi donner au mot communia une signification qu’il n’a jamais eue? » Et moi, Monsieur, je lui demande surquoi il se fonde pour assurer si hardiment que ce mot n’a jamais eu cette signification? Que dira-t-il, quand on lui fera voir qu’il n’en a presque point eu d’autre, que c’est la première idée de ce 1. Vers 38-40. Ici encore Dacier modifie légèrement sa traduction; on y lit « Écrivains, choisissez toujours des matières qui ne soient pas audessus de vous, etc. »

2. Vers 40 et 41.

3. Il y a d’expression, au singulier, dans la traduction de Dacier.

4. Voyez le chapitre is de la Poétique d’Aristote, traduite en français par Dacier, et les Remarques que Dacier y a jointes.