Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/393

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SUR UART POÉTIQUE D’HORACE. 307

laisserapas d’être aussi touché des fureurs de l’un et de l’humiliation de 1 autre, que M. de S* Aussi n’est-ce point pour toucher davantage, que les poëtes donnent à leurs personnages des noms véritables et des noms connus c’est’pour rendre leur fable plus vraisemblable, plus croyable, et pour mieux tromper les spectateurs qui s’imaginent que l’action qu’ils leur attribuent, et qui est presque toujours feinte (cela mérite d’être remarqué), n’est pas moins vraie que les noms. On en peut voir d’autres raisons dans les Remarques sur cette poétique1. x

Voilà les réflexions que j’ai cru devoir faire sur les objections de ivl. de S* Quand j’aurai prouvé que les termes communia et proprie dicere ont naturellement la signification que je leur ai donnée et qu’ici ils n’en sauroient avoir d’autre, il ne doutera plus sans doute qu’Horace ne les ait employés dans ce sens-là. Cette preuve n’est pas bien difficile; mais auparavant il est bon de remarquer que ce qui contribue le plus à faire que beaucoup de gens se trompent sur les mots latins qui ont passé dans notre langue, c’est que laplupart de ces motsayant aujourd’hui une signification très-différente de celle qu’ils avoient en latin, on ne manque, presque jamais de leur attacher, partout où on les trouve, l’idée qu’on en a présentement et qui est très-contraire à celle qu’on en doit avoir c’est la seule dont on soit frappé. Le mot commun signifie aujourd’hui trivial, rebattu, qui a été dit mille fois, et le mot propre signifie souvent ce qui est à quelqiôin, ce qui lui appartient en propre quand on trouve communia et proprium, dansJès anciens, on est naturellement porté par l’habitude À les prendre dans ce sens-la, quoiqu’ils soient employés dans un sens bien différent, ou tout contraire. Il est difficile que des gens du monde, qui ne lisent que pour se diyertir, et quine prennent ordinairement que la fleur et la superficie des choses, soient sur leurs gardes jusqu’à ce point on seroit même injuste de l’exiger mais que des gens très-savants et de grands critiques s’y soient trompés, c’est ce qui m’étonne. Ils n’auroient pas fait cette faute, s’ils s’étoient souvenus de cette définition des jurisconsultes,’ "qui ne seroit pas plusTormelle si je l’avois faite exprès Communia dicimusquœ a nemine mntoccupata neque possçtsa; et possunl

fieri occupantes*.

dans laquelle un bourgeois de la rue Saint-Denis aurait pu être touché de l’humiliation de Télèphe (fils d’Hercute et roi de Mysie, qui fut blessé et guéri par la lande d’Achille). Dacier, dans sa Remarque sur le vers g6 de V Art poétique d’Horace, où Télèphe est nommé, parle des poètes grecs et latins qui avaient traité ce sujet, « aujourd’hui très-inconnu. »

r. Voyez encore le chapitre ix de la Poétique d’Aristote, traduite par Dacier. 2. Nous appelons communes les choses qui ne sont occupées ni possé-