Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/406

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3ao CH. DE SÉVIGNÉ ET DACIER

M. de S* « II fait donc voir aux Pisons combien cette hardiesse est grande, non pas pour les encourager, mais pour les en détourner. »

Réponse. Il veut les en détourner, parce qu’il présume avec raison que des gens qui commencent n’ont pas assez de force pour voler de leurs propres ailes; car s’il les croyoit assez forts, il leur conseilleroit de mettre sur la scène des caractères nouveaux comme des caractères connus, puisque selon Aristote même, dont Horace suit ici la doctrine, ils ne touchent pas moins que les autres. Cela a été prouvé, et M. de S* est prié de s’en souvenir.

M. da S* « La difficulté ne consiste pas à soutenir un caractère inventé, mais à plaire en inventant un caractère. »

Réponse. Maison ne peut plaire qu’en inventant un caractère convenable et comme cela est d’une très-grande difficulté, il est aussi très-difficile de plaire; et par conséquent Horace a raison d’avertir les jeunes poëtes de ne pas entreprendre de former des caractères nouveaux.

M. de S* « Dès qu’on voudra donner l’essor à son imagination, on inventera et on soutiendra aisément tels caractères qu’on voudra. »

Réponse. M. de S* se trompe ici extrêmement. S’il ne tenoit qu’à donner l’essora son imagination, tous nos poètes réussiroient admirablement dans les nouveaux caractères qu’ils mettent sur le théâtre. Ne donnent-ils pas l’essor leur imagination Le peu de succès qu’ont la plupart de ces nouveaux caractères en prouve assez la difficulté. M. de S* n’a eu garde de répondre aux raisons que j’en ai données.

M. de S* « La peine sera incomparablement plus grande à bien imiter les mœurs et le caractère d’Achille, d’Agamemnon, etc. » Réponse. Cela ne peut être soutenu avec aucune apparence de raison. Toutes les choses où l’on a des guides sont plus faciles, ou moins difficiles que celles où l’on n’en apoint. Un disciple d’Apelle pouvoit imiter fort bien un caractère connu; mais pour en inventer un, Âpellen’étoitpas trop bon lui-même. D’où vient que M. de S* conteste encore ici des vérités qui ont été prouvées, et auxquelles il ne répond point?

M. de S* a II est vrai que VJrt poétique est dédié aux Pisons, jeunes Romains adonnés à la poésie; mais Horace n’a pas prétendu ne parler qu’à eux. »