Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/593

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE. 5o7

point raisonnable, je la gourmande; mais croyez-moi de bonne foi, et dans le temps que je vous aime le plus et que je crois que vous m’aimez, croyez que les choses qui m’ont touchée auroient touché qui que ce soit au monde. Je vous dis tout cela pour vous ôter de l’esprit qu’il aitaucune peine à vivre avecmoi, ni qu’il faille des observations fatigantes. Non, ma bonne, il faut faire comme vous faites, et comme vous avez su si bien faire, quand vous avez voulu; cette capacité quiesten vous rendrait le contraire plus douloureux. Mais où vais-je? Comptez aumoinsque vous ne perdez avec moi aucune de vos tendresses pour moi je vois et je sens tout, et j’ai toute l’application qui est inséparable de la grande amitié, »

Dans d’autres passages il semble que l’éditeur de 1^34 n’ait fait qu’extraire le texte de l’édition de 1726, et l’on aperçoit presque toujours le motif de l’abréviation.

Ainsi, dans la lettre du ri février 1671, Mme de Sévigné disoit à sa fille, en lui faisant l’éloge des lettres qu’elle recevoit d’elle

« Elles ont ce caractère de vérité qui se maintient toujours, qui se fait voir avec autorité, pendant que la fausseté et la menterie demeurent accablées sous les paroles sans pouvoir persuader plus leurs sentiments s’efforcent de paroitre, plus ils sont eaveloppés les vôtres sont vrais et le paroissent; vos paroles ne servent tout au plus qu’à vous expliquer, et dans. cette noble simplicité elles ont une force à quoi l’on ne peut résister. Voilà, ma fille, comme vos lettres m’ont paru jugez quel effet elles me font, et quelle sorte de.larmes je répands, en me trouvant persuadée de la vérité que je souhaite le plus. Vous pourrez juger par là de ce que m’ont fait les choses qui m’ont donné autrefois des sentiments contraires, si mes paroles ont la même puissance que les vôtres; il ne faut pas vous en dire davantage, etc. »

Et suivant le texte de 1734 et de 1754 « Elles ont ce caractère de vérité que je maintiens toujours, qui se fait voir avec autorité, pendant que la. fausseté et la menterie demeurent accablées sous les paroles, sans pouvoir persuader; plus elles s’efforcent de paroître, plus elles sont enveloppées. Vos paroles sont vraies et le paroissent; elles ne servent qu’à vous expliquer, et dans cette noble simplicité elles ont une force à quoi L’on ne peut résister. Voilà, ma fille, comme vos lettres m’ont paru; si mes paroles ont la même puissance que les vôtres, je suis assurée que mes vérités ont fait en vous leur effet ordinaire, .» »

Ou est le naturel? le texte de 17*6 ne coule-t-il pas avec facilité, tandis que l’on aperçoit, presque à chaque mot, dans celui de 1734, r !e travail de l’éditeur, quinepeut parvenir à opérerle retranchement prescrit qu’aux dépens de la clarté du sens ?