Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 2.djvu/391

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1671 Monsieur d’Uzès[1] est à son abbaye près d’Angers : il m’a envoyé un exprès. Il dit qu’il me viendra voir, mais je n’en crois rien. Il dit que vous êtes adorable, et adorée de tous les Grignans, je le crois. Vous l’êtes ici pour le moins autant, sans offenser personne. Mon oncle est comme je le souhaite sur votre sujet ; Dieu nous le conserve ! La Mousse approuve fort que vous laissiez reposer votre lettre ; on ne juge jamais bien d’abord de ces sortes d’ouvrages. Il vous conseille même de la faire voir à quelqu’un de vos amis, ils en jugent mieux que nous-mêmes : en attendant il est tout à vous. Que dirai-je à nos Grignans ? Vous êtes bien méchante de leur faire voir toutes mes folies. Pour vous qui les connoissez, il n’est pas possible de vous les cacher ; mais eux, avec qui j’ai mon honneur à garder… Adieu, ma chère enfant, je vous recommande ma vie : vous savez ce que vous avez à faire pour la conserver.


211. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
Aux Rochers, mercredi 14e octobre.

Je m’en vais vous mander un petit secret : n’en parlez pas, je vous prie, si personne ne vous l’a mandé. Vous saurez que notre pauvre d’Hacqueville[2] a tant fait, et s’est si fort tourmenté autour de ses amis, qu’il en est tombé

  1. 4. Il était abbé de Saint-Georges-sur-Loire, près d’Angers.
  2. Lettre 211. — 1. C’est de lui qu’on disoit les d’Hacqueville, parce qu’il étoit partout. (Note de Perrin, 1734.) — Dans l’édition de 1754, la fin de la note est ainsi modifiée : « parce qu’il étoit d’un caractère si officieux, qu’il se reproduisoit en quelque sorte pour le service de ses amis. » — Voyez la Notice, p. 113, et la note 5 de la lettre 131.