Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 2.djvu/424

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

1671 mais je ne le sais pas encore, et on languit en attendant. Il gèle à pierre fendre : je suis tout le jour à trotter dans ces bois ; il feroit très-beau s’en aller, et quand nous partirons la pluie nous accablera. Voilà de belles réflexions ; quand on n’a pas autre chose à dire, il vaudroit tout autant finir.


221. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
Aux Rochers, dimanche 22e novembre.

Madame de Louvigny[1] est accouchée d’un fils : vous voyez bien, ma chère enfant, que vous en aurez un aussi. Vous vous y attendez d’une telle sorte que, comme vous dites, la signora qui mit au monde une fille[2] ne fut pas plus attrapée que vous le seriez, si ce malheur vous arrivoit. Je fais prier Dieu sans cesse pour cet heureux moment, d’où dépend ma vie plus que la vôtre. Je ne crois pas que je puisse me résoudre à quitter ce lieu avant que d’en savoir des nouvelles. Cette sorte d’inquiétude ne se peut porter sur des chemins où je ne recevrois point de lettres. C’est donc vous, ma fille, qui m’arrêtez.

Je suis très-affligée de l’état où vous me représentez votre premier président[3] : c’est une perte considérable pour vous ; il faut que votre malheur soit bien fort pour tuer un homme de cet âge, et si bien fait, et d’une si belle physionomie. Si Dieu vous le rend, ce sera un miracle : je n’eusse jamais cru prendre un si grand intérêt à un premier président de Provence ; mais la Provence est mon pays, depuis que vous y êtes.

  1. Lettre 221. — 1. Voyez la note 12 de la lettre 166.
  2. 2. Voyez la lettre 115, p. 15 de ce volume.
  3. 3. Henri de Forbin d’Oppède.