Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 2.djvu/484

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1672 doute que tous vos autres enfants valent mieux que celle-ci. Mais en voilà assez pour lui donner de la vanité.

J’ai été huit mois en Bretagne, pendant lesquels je ne me suis jamais trouvé assez d’esprit pour vous écrire. J’ai eu dessein de ressusciter notre commerce à mon retour, et je commence ici. Bon jour, bonne œuvre.

Je ne vous dirai point de nouvelles, et je ne vous parlerai point du prochain. Vous savez tout ce qui se passe, au moins je le veux croire ; car je ne crois pas qu’il soit trop sûr d’écrire de certaines choses :

On sait de cent paquets les tristes aventures,
Et tous les grands chemins sont remplis de parjures.

Il y a des comédies nouvelles[1], dont j’ai la vanité de croire que vous jugerez comme moi. Adieu, mon cousin : vous ne sauriez croire combien je mérite l’honneur de votre amitié.


242. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, mercredi 27e janvier.

Je n’ai jamais rien vu de si aimable que vos lettres. Vous êtes contente de mon amitié, et vous me le dites d’une manière à pénétrer de tendresse un cœur comme le mien. Vous voyez tout ce qui s’y passe : vous découvrez que la plus grande partie de mes actions se fait en vue de vous être bonne à quelque chose ; vous expliquez le voyage de Pompone dans sa vraie signification ; les visites de M. le Camus sont de même ; et en vérité, ma fille, vous ne vous trompez pas, et tant que votre pénétration me

  1. 2. Bajazet, Pulchérie : voyez les lettres précédentes.