Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 2.djvu/524

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1672 du chevalier de Lorraine réjouissoit ses amis, et affligeoit ses créatures ; car il n’y en a point qui lui ait gardé fidélité.

J’ai su, sans en pouvoir douter, qu’il ne tiendra encore qu’à nous d’avoir la paix. La reine d’Espagne n’a point précisément répondu comme on le disoit : elle a dit simplement qu’elle se tenoit au traité de paix, qui permet d’assister ses alliés. Nous avons pris la même liberté pour le Portugal. Elle promet même présentement de ne point assister les Hollandois. Elle ne le veut pas signer : voilà le procès. Si on s’opiniâtre à vouloir qu’elle signe, tout est perdu ; sinon, la paix sera bientôt faite, quand nous n’aurons pas l’Espagne contre nous. Le temps nous en apprendra davantage. Adieu, ma très-chère et très-aimable ; je crains bien qu’aimant la solitude comme vous faites, vous ne vous creusiez les yeux et l’esprit à force de rêver.


254. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, vendredi 4e mars.

Vous dites donc, ma fille, que vous ne sauriez haïr vivement si longtemps ; c’est fort bien fait : je suis assez comme vous ; mais devinez ce que je fais bien en récompense, c’est d’aimer vivement qui vous savez, sans que l’absence puisse rien diminuer de ma tendresse. Vous me paroissez dans une négligence qui m’afflige : il est vrai que vous ne demandez que des prétextes ; c’est votre goût naturel ; mais moi, qui vous ai toujours grondée là-dessus, je vous gronde encore. De vous et de Mme du Fresnoi, on en pétriroit une personne dans le juste milieu : vous êtes aux deux extrémités, et assurément la vôtre est moins insupportable ; mais c’est toujours une extrémité. J’admire