Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/110

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1672 esprit : il a les yeux plus grands que ceux de votre tête, qui sont pourtant fort jolis, pour ce qu’ils contiennent !

Votre comparaison est plaisante, d’une femme grosse de neuf, dix, onze ou douze mois ; non, ma bonne, vous accoucherez heureusement ; votre enfant ne sera point pétrifié[1].

Ne m’envoyez point vos eaux ni vos gants[2], vous me les donnerez à Grignan ; je ne ferai point d’autre provision que celle-là. Je vous manderai que je pars à l’heure que vous y penserez le moins. La maréchale de Villeroi[3] se porte mieux. Il n’y a point de meilleures nouvelles que celles que je vous envoie ; j’en demande toujours, et l’on prend plaisir à m’en dire, parce qu’on sait bien que ce n’est pas pour moi. Ma bonne, je suis en peine de vos jambes : pourquoi sont-elles enflées ? pourquoi la fièvre n’aura-t-elle pas de suite ? Il m’est impossible de ne pas souhaiter au moins d’être à demain, afin d’avoir encore de vos nouvelles, et de cette fièvre que vous dites qui n’aura point de suite. Je vous embrasse avec une tendresse extrême.

  1. 13. Mme de Grignan, dans la lettre à laquelle répond ici sa mère, avait sans doute fait allusion à un conte absurde rapporté dans le Trésor d’histoires admirables et mémorables de Simon Goulart. Elle avait pu lire dans ce livre étrange (Genève, 1620, in-8°, 1re partie, p. 223) qu’une femme de la ville de Sens ayant dépassé son terme sans accoucher, avait porté durant plus de vingt ans le corps de son enfant, qui s’était à la longue pétrifié.
  2. 14. Tel est le texte des deux éditions de Perrin (1734 et 1754). Dans l’édition de la Haye, la seule des impressions de 1726 qui donne cette phrase, au lieu de « eaux et gants », on lit : « chevaux et gens. » Cette leçon ne s’accorde guère avec le mot provision qui vient après. Puis Mme de Grignan savait que sa mère voyageait avec ses propres chevaux et ses gens, et n’a jamais pu songer à lui en envoyer de Grignan.
  3. 15. Madeleine de Créquy. Voyez plus haut, p. 99.