Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/118

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1672 votre fils bien fait et aimable. Je suis fort aise que vous aimiez mes lettres. On ne peut être à votre goût sans beaucoup de vanité.


287. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, 20e juin[1].

Il m’est impossible de me représenter l’état où vous avez été, ma bonne, sans une extrême émotion, et quoique je sache que vous en êtes quitte, Dieu merci, je ne puis tourner les yeux sur le passé sans une horreur qui me trouble. Hélas ! que j’étois mal instruite d’une santé qui m’est si chère ! Qui m’eût dit en ce temps-là : « Votre fille est plus en danger que si elle étoit à l’armée ? » Hélas ! j’étois bien loin de le croire, ma pauvre bonne. Faut-il donc que je trouve cette tristesse avec tant d’autres qui se trouvent présentement dans mon cœur ? Le péril extrême où se trouve mon fils, la guerre qui s’échauffe tous les jours, les courriers qui n’apportent plus que la mort de quelqu’un de nos amis ou de nos connoissances et qui peuvent apporter pis, la crainte qu’on a des mauvaises nouvelles et la curiosité qu’on a de les apprendre, la désolation de ceux qui sont outrés de douleur, avec qui je passe une partie de ma vie ; l’inconcevable état de ma tante, et l’envie que j’ai de vous voir : tout cela me déchire et me tue, et me fait mener une vie si contraire à mon humeur et à mon tempérament, qu’en vérité il faut que j’aie une bonne santé pour y résister.

  1. Lettre 287. — 1. Dans les éditions de 1725 et de 1726, cette lettre est datée du 29 juin.