Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/119

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1672 Vous n’avez jamais vu Paris comme il est. Tout le monde pleure, ou craint de pleurer. L’esprit tourne à la pauvre Mme de Nogent[1]. Mme de Longueville fait fendre le cœur, à ce qu’on dit : je ne l’ai point vue, mais voici ce que je sais. Mlle de Vertus[2] étoit retournée depuis deux jours au Port-Royal, où elle est presque toujours. On est allé la quérir, avec M. Arnauld, pour dire cette terrible nouvelle. Mlle de Vertus n’avoit qu’à se montrer : ce retour si précipité marquoit bien quelque chose de funeste. En effet, dès qu’elle parut : « Ah, Mademoiselle ! comme se porte Monsieur mon frère[3] ? » Sa pensée

  1. 2. Diane-Charlotte de Caumont, sœur du duc de Lauzun. « Mme de Nogent n’avoit ni moins d’esprit, ni guère moins d’intrigue que son frère, mais bien plus suivie et bien moins d’extraordinaire que lui, quoiqu’elle en eût aussi sa part. Mais elle fut fort arrêtée par l’extrême douleur de la perte de son mari, dont elle porta tout le reste de sa vie le premier grand deuil de veuve, et en garda toutes les contraignantes bienséances. Ce fut la première qui s’en avisa. Mme de Vaubrun, sa belle-sœur, suivit son exemple. » (Saint-Simon, tome XX, p. 50.) Elle mourut en 1720 à quatre-vingt-huit ans. — Voyez sur Mme de Nogent deux passages bien contraires dans les Mémoires de Mademoiselle, tome IV, p. 327 et 328, et même tome, p. 384 et suivantes.
  2. 3. « De l’illustre maison de Bretagne, cette fille aimable et sage de la belle et extravagante comtesse de Vertus, la sœur vertueuse de la déréglée duchesse de Montbason, moins belle que celle-ci, selon Tallemant (tome IV, p. 454), mais plus belle que toutes ses autres sœurs, la digne tante d’Éléonore de Rohan, abbesse de Caen, puis de Malnoue, la fidèle compagne de Mme de Longueville, qui, avec Mme de Sablé, l’entraîna vers Port-Royal, et seule osa se charger de lui apprendre la mort de son fils. » (M. Cousin, la Société française, tome I, p. 247.) Catherine-Françoise de Bretagne de Vertus mourut à Port-Royal, où elle avait demeuré vingt et un ans, le 21 novembre 1692. Voyez le Port-Royal de M. Sainte-Beuve, tome IV, p. 493 et suivantes, et la lettre du 26 janvier 1674.
  3. 4. C’est le texte de 1725, de l’édition de la Haye (1726), et de la première de Perrin (1734). Dans celle de 1754 il y a comment au lieu de comme ; dans celle de Rouen (1726) : « Comment se porte mon frère ? » — Nous n’avons pas besoin de rappeler que le frère de Mme de Longueville est le grand Condé.