Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/136

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1672 été sur le point de s’en aller et que vous n’ayez pas été ravie de vous en défaire. Quel bizarre raccommodement ! À quoi vous sert-il ? Quelle foiblesse ! Vous avez Pommier qui vous donne la main, et l’autre vous morgue et gagne votre argent au jeu[1] : où aviez-vous mis votre bon esprit ?

Je crois, ma bonne, que l’amitié que j’ai pour vous et l’intérêt que je prends à tout ce qui vous touche, vous doit faire recevoir agréablement ce que je vous dis. Mandez-moi si je me trompe.


292. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, vendredi 1er juillet.

Enfin, ma fille, notre chère tante a fini sa malheureuse vie. La pauvre femme nous a bien fait pleurer dans cette triste occasion ; et pour moi, qui suis tendre aux larmes, j’en ai beaucoup répandu. Elle mourut hier matin à quatre heures, sans que personne s’en aperçût : on la trouva morte dans son lit. La veille, elle étoit extraordinairement mal, et par inquiétude elle voulut se lever ; elle étoit si foible, qu’elle ne pouvoit se tenir dans sa chaise, et s’affaissoit et couloit jusqu’à terre ; on la relevoit. Mlle de la Trousse se flattoit, et trouvoit que c’étoit qu’elle avoit besoin de nourriture. Elle avoit des convulsions à la bouche : elle disoit[2] que c’étoit un embarras que le lait avoit fait dans sa bouche et dans ses

  1. 3. On ne peut s’expliquer que par une faute de copiste pourquoi ces deux mots « au jeu », assez lisiblement écrits par Mme de Sévigné, ont été remplacés dans les éditions par « assez mal ».
  2. Lettre 292. — 1. « Ma cousine disoit. » (Édition de 1754.)