Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/139

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1672

293. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, dimanche 3e juillet.

Je m’en vais à Livry mener ma petite-enfant[1]. Ne vous mettez nullement en peine d’elle : j’en ai des soins extrêmes, et je l’aime assurément beaucoup plus que vous ne l’aimez. J’irai demain dire adieu à M. d’Andilly, et reviendrai mardi, pour achever quelques bagatelles, et partir ce qui s’appelle incessamment. Je laisse cette lettre à ma belle Troche, qui se charge de vous mander toutes les nouvelles. Elle s’en acquittera mieux que moi : l’intérêt qu’elle a dans l’armée[2] la rend mieux instruite qu’une autre, et principalement qu’une autre qui depuis quatre jours n’a vu que des larmes, du deuil, des services, des enterrements, et la mort enfin.

Je vous avoue que j’ai été fort accablée de chagrin, quand mon laquais est venu me dire qu’il n’y avoit point de lettres pour moi à la poste. Voici la deuxième fois que je n’ai pas un mot de vous. Je crois que ce pourroit être la faute de la poste, ou de votre voyage ; mais cela ne laisse pas de déplaire beaucoup. Comme je ne suis point accoutumée à la peine que je souffre dans cette occasion, je la soutiens d’assez mauvaise grâce. Vous avez été si malade, qu’il me semble toujours qu’il vous arrivera quelque malheur ; et vous en avez été si entourée depuis que vous n’êtes plus avec moi, que j’ai raison de les craindre tous, puisque vous n’en craignez pas un. Adieu, ma très-chère, je vous en dirois davantage si j’avois reçu de vos nouvelles.

  1. Lettre 293. — 1. Elle fut ramenée à Paris. Voyez la fin de la lettre suivante et la lettre du 8 juillet.
  2. 2. Voyez la lettre 288, p. 122, et la lettre 294, p. 137.