Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/241

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1673

332. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Lyon, mardi 10e octobre.

Me voilà déjà loin de vous, ma fille ; mais comprenez-vous avec quelle douleur j’y pense ? Je fus reçue chez Monsieur le Chamarier[1] par lui et par M. et Mme de Rochebonne. J’eus le cœur extrêmement serré en embrassant cette jolie femme ; elle l’eut aussi : nous nous entendîmes fort bien, nous causâmes beaucoup. J’ai commencé dès ici à défendre le procédé de M. de Grignan[2] : le Chamarier ne le savoit pas tout à fait comme il est. C’est la meilleure cause du monde à soutenir ; elle ne sauroit périr que par n’être pas bien expliquée ou bien entendue.

Je veux vous dire encore une fois que si vous aviez quelque envie d’éviter les dangers en venant cet hiver, il faudroit descendre de carrosse quasi aussi souvent que j’ai fait ; mais une litière seroit admirable ; ou bien monter à cheval, comme font Mmes de Verneuil ou d’Arpajon. Le carrosse de M. de Virville[3] tomba l’année dernière. Il y a aussi un chemin qu’on nous fit prendre par dans le Rhône. Je descendis, mes chevaux nagèrent, et l’eau entra jusqu’au fond du carrosse : c’est à deux lieues de Montélimar. Quand vous viendrez, les eaux seront grandes,

  1. Lettre 332. — 1. Frère du comte de Rochebonne. Voyez plus haut, p. 154 et 155, notes 1 et 2 ; et sur ce titre de chamarier, tome II, p. 325, note 14.
  2. 2. Sans doute à l’égard de ses adversaires en Provence. — Voyez les lettres suivantes de novembre et de décembre.
  3. 3. Apparemment Charles de Grolée, comte de Vireville (ou Virivile), gouverneur de la ville et citadelle de Montélimar, dont un fils sans doute dut acheter, en 1676, le guidon de Charles de Sévigné, et dont la fille, Mlle de la Tivolière, épousa en décembre 1677 le maréchal de Tallard. Voyez les lettres des 18 et 28 mars 1676.