Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/264

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1673

342. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, jeudi 2e novembre.

Enfin, ma chère fille, me voilà arrivée après quatre semaines de voyage, ce qui m’a pourtant moins fatiguée que la nuit que j’ai passée dans le meilleur lit du monde : je n’ai pas fermé les yeux ; j’ai compté toutes les heures de ma montre ; et enfin, à la petite pointe du jour, je me suis levée :


Car que faire en un lit, à moins que l’on ne dorme[1] ?

J’avois le pot-au-feu, c’étoit une oille et un consommé, qui cuisoient séparément. Nous arrivâmes hier, jour de la Toussaint : bon jour, bonne œuvre. Nous descendîmes chez M. de Coulanges. Je ne vous dirai point mes foiblesses ni mes sottises en rentrant dans Paris ; enfin je vis l’heure et le moment que je n’étois pas visible ; mais je détournai mes pensées, et je dis que le vent m’avoit rougi le nez. Je trouve M. de Coulanges qui m’embrasse ; M. de Rarai[2] un moment après, Mme de Coulanges, Mlle de

  1. Lettre 342. — 1. Allusion à ce vers de la fable du Lièvre et des Grenouilles :

    Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?
    (La Fontaine, livre II, fable xiv.)
  2. 2. Messires Henri et Gaston-Jean-Baptiste de Lancy Raray, tous deux « marquis dudit lieu, » cousins maternels de Mlle de Sévigné, sont dénommés au contrat du 27 janvier 1669 (voyez la Notice, p. 330), ainsi que Charles de Lancy, seigneur de Ribecourt et Pimpré, conseiller d’État, également cousin maternel. — Sur un chevalier Henri de Rarai, amant de Ninon, tué en 1655, voyez Walckenaer, tome I, p. 250, 251, et des Réaux, tome VI, p. 2 et 14. Il était, d’après M. P. Paris, fils de Nicolas de Lancy, baron de Rarai, chambellan de Gaston. — Mademoiselle, tome II, p. 274, 275, parle de Mme de Raré, gouvernante de ses sœurs en 1653. — Jean-Baptiste-Gaston, marquis de