Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/319

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1673 dans le temps que personne ne les attendoit ; et sa bonté et ma patience me feront tôt ou tard retourner absolument. Il n’en faut pas douter, Madame : les disgrâces ont leurs bornes comme les prospérités. Ne trouvez-vous donc pas qu’il est de la politique de ne pas outrer les haines, et de ne pas désespérer les gens ? Mais quand on se flatteroit assez pour croire que je ne retournerois jamais (chose à quoi je vous répète encore qu’il y a peu d’apparence, me portant mieux que tous mes ennemis), où est l’humanité ? où est le christianisme ? Je connois assez les courtisans, Madame, pour savoir que ces sentiments sont bien foibles en eux, et moi-même, avant mes malheurs, je ne les avois guère. Mais je sais la générosité de Mme Scarron, son honnêteté et sa vertu ; et je suis persuadé que la corruption de la cour ne la gâtera jamais. Si je ne croyois ceci, Madame, je ne vous le dirois pas, car je ne suis point flatteur ; et même je ne vous supplierois pas, comme je fais, de lui parler sur ce sujet : c’est l’estime que j’ai pour elle qui m’a fait souhaiter de lui être obligé, et croire qu’elle n’y aura point de répugnance. Si elle craint l’amitié des malheureux, elle ne fera rien pour avoir la mienne ; mais si l’amitié de l’homme du monde le plus reconnoissant, et à qui il ne manquoit que de la mauvaise fortune pour avoir assez de vertu, lui est considérable, elle voudra bien me faire plaisir.


357. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, vendredi 15e décembre.

Quand je disois que vous ne seriez pas moins estimée ici pour n’avoir pas fait un syndic, et que je vous rabais-