Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/48

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1672 de tout mon cœur. Mandez-moi si on doit ce bonheur à sa tempérance ou à sa véritable tendresse pour vous, et si vous n’êtes point ravie de pouvoir un peu trotter, et vous promener dans cette Provence, à travers des allées d’orangers, et de me recevoir sans crainte de tomber et d’accoucher. Adieu, ma très-aimable enfant, il me semble que vous savez assez combien je vous aime, sans qu’il soit besoin de vous le dire davantage. Si Pommier vous donne la main, la Porte n’est donc plus que pour la décoration[1].


270. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, vendredi 29e avril[2].

Vous êtes, ma bonne, dans votre grand voyage ; vous ne sauriez mieux faire présentement : on n’est pas toujours en état et en humeur de se promener. Si vous étiez moins hasardeuse, j’aurois plus de repos ; mais vous voudrez faire des chefs-d’œuvre, et passer où jamais carrosse n’a passé : cela me trouble. Ma bonne, croyez-moi, ne faites point le Pont-Neuf[3], ne forcez point la nature ; allez à cheval et en litière comme les autres ; songez ce que c’est que d’avoir des bras, des jambes et des têtes cassés.

  1. 15. La Porte avait été congédié : voyez la lettre 291 et celle du 11 juillet 1672. Voyez aussi plus haut la lettre 262, p. 8.
  2. Lettre 270. — 1. Pour la disposition des diverses parties de cette lettre, nous avons suivi l’ordre de la première édition de Perrin (1734).
  3. 2. C’est-à-dire ne faites pas de merveilles, ne vous lancez point dans les choses extraordinaires : expression proverbiale, conservée dans les éditions de 1726, mais retranchée par Perrin.