Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/91

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1672 M. d’Harouys. On fait du mieux qu’on peut à cet abbé[1] ; il n’est pas souvent à Paris, et l’on est bien aise d’obliger les gens de ce nom-là. Il me pria l’autre jour de lui montrer un morceau de votre style : son frère lui en dit du bien. En lui montrant, je fus surprise moi-même de la justesse de vos périodes, elles sont quelquefois harmonieuses ; votre style est devenu comme on le peut souhaiter, il est fait et parfait, vous n’avez qu’à continuer, et vous bien garder de vouloir le rendre meilleur.

Voilà dix heures, il faut faire mon paquet. Je n’ai point reçu votre lettre : j’ai passé à la poste, mon petit homme m’a renouvelé ses excuses ; mais je n’en suis pas mieux. Ma lettre est entre les mains de ces maudits facteurs, c’est-à-dire la mer à boire. Je la recevrai demain, et n’y ferai réponse que vendredi. Adieu, ma chère bonne ; vous dirai-je que je vous aime ? Il me semble que c’est une chose inutile : vous le croyez assurément. Croyez-le donc, ma chère enfant, et ne craignez point d’en croire trop.

Si je n’avois point le cœur triste, je vous enverrois de jolies chansons. M. de Grignan les chanteroit comme un ange. Je l’embrasse très-tendrement, et vous encore plus mille fois.


280. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, ce vendredi 27e mai.

Vous ne devez souhaiter personne pour faire des relations : on ne peut les faire plus agréablement que

  1. 7. Dans toutes les éditions : « À cet abbé Arnauld. » — L’abbé Arnauld demeurait à Angers, auprès de son oncle Henri Arnauld, qui en était évêque ; il était lié avec Mme de Sévigné depuis l’année 1657. Voyez la note 4 de la lettre 51.