Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/10

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1675
vulsion ; et puis on jeta un manteau sur son corps. Le Bois-Guyot (c’est ce gentilhomme) ne le quitta point qu’on ne l’eût porté sans bruit dans la plus proche maison. M. de Lorges étoit à une demi-lieue[1] de là ; jugez de son désespoir. C’est lui qui perd tout, et qui demeure chargé de l’armée et de tous les événements jusqu’à l’arrivée de Monsieur le Prince, qui a vingt-deux jours de marche. Pour moi, je pense mille fois le jour au chevalier de Grignan, et ne puis pas m’imaginer qu’il puisse soutenir cette perte sans perdre la raison. Tous ceux que M. de Turenne aimoit sont fort à plaindre.

Le Roi disoit hier en parlant des huit nouveaux maréchaux de France : « Si Gadagne[2] avoit eu patience, il seroit du nombre ; mais il s’est retiré, il s’est impatienté : c’est bien fait. » On dit que le comte d’Estrées[3] cherche à vendre sa charge ; il est du nombre des désespérés de n’avoir point le bâton. Devinez ce que fait Coulanges : sans s’incommoder, il copie mot à mot toutes les nouvelles que je vous écris. Je vous ai mandé comme le grand maître[4] est duc : il n’ose se plaindre ; il sera maréchal de France à la première voiture ; et la manière dont le Roi lui a parlé passe de bien loin l’honneur qu’il a reçu. Sa Majesté lui dit de dire à Pompone[5] son nom et ses qualités ; il lui répondit : « Sire, je lui donnerai le brevet de mon grand-père[6] ; il n’aura qu’à le faire copier. » Il faut

  1. « À près d’une demi-lieue. » (Édition de 1754.)
  2. Voyez tome I, p. 413, note 3, et p. 437, note 9.
  3. Il était lieutenant général depuis vingt ans et vice-amiral depuis cinq. Il ne fut maréchal qu’en 1681 (tome II, p. 121, note 4).
  4. Le comte du Lude, grand maître de l’artillerie. Voyez la lettre précédente, tome III, p : 53g, note 23.
  5. « Lui dit de donner à Pompone. » (Édition de 1754.)
  6. L’aïeul du grand maître était François de Daillon, troisième comte du Lude, gouverneur de Gaston d’Orléans. De quel brevet veut ici parler son petit-fils ? Nous ne voyons nulle part que le grand-père ait eu un titre viager de duc.