Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/38

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signalés pour parler au Roi de M. de Lorges, et des raisons sans conséquence qui devoient le faire maréchal de France tout à l’heure ; mais elles ont été inutiles. Il a seulement le commandement d’Alsace, et vingt-cinq mille francs de pension qu’avoit Vaubrun. Ah ce n’étoit pas cela qu’il vouloit. M. le comte d’Auvergne[1] a la charge de colonel général de la cavalerie, et le gouvernement de Limousin. M. de Bouillon se promène aux Tuileries, ravi de pouvoir être ce qui lui plaira sans que personne y trouve à, redire. Vous croyez bien que Mme de Bouillon est de son avis. Le cardinal de Bouillon est très-affligé.

Notre bon cardinal[2] a encore écrit au pape, disant qu’il ne peut s’empêcher d’espérer que, quand Sa Sainteté aura vu les raisons qui sont dans sa lettre, elle se rendra à ses très-humbles prières ; mais nous croyons que le pape infaillible, qui ne fait rien d’inutile, ne lira seulement pas ses lettres, ayant fait sa réponse par avance, comme

  1. Frédéric-Maurice de la Tour, neveu de Turenne, et père de ce pririce d’Auvergne qui déserta en 1702 et passa au service des Hollandais. Il était frère puîné du duc de Bouillon (grand chambellan de France), et aîné du cardinal. Il avait épousé en 1662 HenrietteFrançoise de Zollern, fille héritière du prince de Hohen-Zollern et de la marquise de Berg-op-Zoom. Il se remaria en 1699 avec une noble Hollandaise, Élisabeth de Wassenaer, et mourut à soixante-six ans le 23 novembre 1707. Sur ce gros homme « qui ne ressembloit pas mal à un sanglier, et toujours amoureux, » voyez Saint-Simon, tomes VI, p. 130 ; V, p. 319 ; II, p. 260. — Sur la charge de colonel général de la cavalerie, voyez Saint-Simon, tome V, p. 315, et l’Histoire de Louvois de M. Rousset, tome I, p. 176. « Le Roi, dit la Gazette, sous la date du 9 août, donna la charge de colonel général de la cavalerie de France au comte d’Auvergne, frère du duc de Bouillon, qui a servi, la dernière campagne et celle-ci, de maréchal de camp, avec beaucoup de valeur et de distinction dans toutes les occasions. »
  2. Le cardinal de Retz : voyez tome III, p. 459, 465, et 526, note 13.