Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/87

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1675
cette perte a paru ici comme celle d’une aiguille dans une botte de foin.

J’ai appris encore que feu Saint-Luc[1] mettoit monseigneur à tous les maréchaux de France, parce que son père l’étoit, et le comte de Guiche par cette raison[2] : cela donne la loi aux autres, et ce n’est plus la mode d’y marchander quand on fait tant de leur écrire. Je vous conseille, après M. de Pompone, de n’y pas marchander à M. de Vivonne.

La royauté est établie au delà de ce que vous pouvez vous imaginer : on ne se lève plus, et on ne regarde personne. L’autre jour, une pauvre mère toute en pleurs, qui a perdu le plus joli garçon du monde, demandoit sa charge[3] à Sa Majesté, Elle passa ; ensuite, et toute à genoux, cette pauvre Mme de Froulai se traîna à ses pieds, lui demandant avec des cris et des sanglots qu’elle eût pitié d’elle ; Elle passa sans s’arrêter.

Vous me demandez si M. de la Rochefoucauld a été affligé de M. de Turenne. Oui certes, et très-sensiblement. Pour son fils, il ne s’est pas ménagé. Demandez à la Garde : il vous dira s’il y a un plus honnête homme à la cour et moins corrompu. Ils sont présentement à Liancourt et à Chantilly ensemble. Il vous contera cent choses. Vous serez trop heureux de l’avoir, par mille raisons ; il vous portera aussi la cassolette. Monsieur le Cardi-

  1. François d’Espinay, marquis de Saint-Luc, fils de Timoléon d’Espinay, maréchal de France, et petit-fils du brave Saint-Luc, l’un des amis de Henri IV. Il a été question de son fils, tome III, p. 353, note 38. Seulement, d’après Moréri, le marquis de Saint-Luc n’est mort qu’en 1678. Ce paragraphe appartiendrait-il à une lettre postérieure ? ou bien faut-il supposer que Moréri s’est trompé ? C’est ce que nous ne pouvons décider.
  2. Voyez la lettre du 19 août précédent, p. 64.
  3. La charge de grand maréchal des logis de la maison du Roi. Voyez la lettre du 26 août suivant, p. 87 et 88.