Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 5.djvu/33

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1676 enfin il me semble que cela ne sera point tout uni ; et même ces pensées-là ne sont bonnes qu’entre nous, car si l’on se trompoit, ce seroit encore une belle chose. Il m’a fait l’honneur de m’écrire deux lignes de Lyon. On peut être avec justice fort en peine de sa santé’ : c’est un miracle si ces chaleurs, cette précipitation et ce conclave ne lui font beaucoup de mal.

J’étois avant-hier au soir dans cette avenue ; je vis venir un carrosse à six chevaux : c’étoit la bonne maréchale d’Estrées, le Chanoine[1], la marquise de Senneterre, que l’abbé de la Victoire appelle la Mitte, et le gros abbé de Pontcarré. On causa fort, on se promena, on mangea, et cette compagnie s’en alla au clair de mon ancienne amie. Mme de Coulanges se baigne ; Corbinelli a mal aux yeux ; Mme de la Fayette ne va point en carrosse ; mais je reçois vos lettres et je vous écris, je lis, je me promène, je vous espère ; gardez-vous bien de me plaindre. Il me paroît que l’abbé de la Vergne a bien du zèle pour votre conversion[2] ; je la crois un peu loin, si elle tient à celle de Mme de Schomberg[3]. Il est vrai que son mérite s’est fort humanisé ; elle en a toujours eu beaucoup pour ceux qui la connoissoient ; mais cette lumière, qui étoit sous le boisseau, éclaire présentement tout le monde : elle n’est pas la seule à qui le changement de condition a fait ce miracle. Nous faisions la guerre au bonhomme d’Andilly qu’il avoit plus d’envie de sauver une âme qui étoit dans un beau corps qu’une autre. Je dis la même chose de l’abbé de la Vergne ; on dit ici des biens admirables de son mérite : je vous trouve fort heureuse de l’avoir. Quitte-t-il la Provence ? doit-il y

  1. 16. Mme de Longueval.
  2. 17. Voyez tome IV, p. 277, note 8.
  3. 18. Elle était protestante, ainsi que son mari. Voyez Madame de Sablé, par M. Cousin, p. 434 et 435.