Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 5.djvu/35

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1676dommage de ne pas cultiver ses bons desirs. Nous lisons tristement ensemble le petit livre des Passions[1], et nous voyons comme les nerfs du dos de M. de Luxembourg ont été bien disposés pour la retraite. Mais savez-vous que tout d’un coup on a cessé de parler d’Allemagne à Versailles, et que les gens qui en demandoient bonnement des nouvelles pour soulager leur inquiétude, on leur répondit un beau matin : « Et pourquoi des nouvelles d’Allemagne ? il n’y a point de courrier, il n’en viendra point, on n’en attend point ; à quel propos demander des nouvelles d’Allemagne ? » Et voilà qui fut fini.

Je vous embrasse mille fois, mon enfant, d’un cœur que vous connoissez, et que vous avez raison d’aimer un peu.



57O. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Paris, vendredi 21e août.

Je suis venue ici ce matin pour les commissions de M. de la Garde. Je suis descendue chez la bonne d’Escars, que j’ai trouvée avec une grosse bile qui lui donne une petite fièvre, et toute pleine de bonne volonté ; elle avoit autour d’elle Mme le Moine, et tous les équipages de point de France et de point d’Espagne, les plus beaux et les mieux choisis du monde. Je suis allée dîner chez

  1. 26. Les Passions de l’âme, par Descartes. On lit dans ce traité que la passion de la peur « rend les nerfs du cerveau tellement disposés en quelques hommes, que les esprits… vont se rendre dans les nerfs qui servent à tourner le dos et remuer les jambes pour s’enfuir. » (Édition de 1650.) — Perrin, dans sa première édition (1734), avait omis la fin de cette phrase : « et nous voyons, etc.