Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 5.djvu/63

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1676 Rochetort est cachée dans un couvent pendant cette noce, et paroît toujours inconsolable.

Je suis[1] revenue mercredi matin ; je me trouve ravie d’être toute seule : je me promène, j’ai des livres, j’ai de l’ouvrage, j’ai l’église ; car vous connoissez les bonnes apparences que j’ai[2] : enfin j’en demande pardon à la compagnie qui me doit revenir, je me passe d’elle à merveilles. Le bon abbé est demeuré pour parler au vôtre[3], et le prier de donner à M. Colbert la lettre que lui écrit M. de Grignan, avant que de partir. Si l’abbé Têtu étoit ici, je me ferois mener en l’absence de l’abbé de Grignan ; mais il est en Touraine : il est vrai qu’il aime fort à n’avoir ni compagnon ni maître dans les maisons qu’il honore de son estime. Cependant trouvez-vous qu’il n’ait ni l’un ni l’autre chez notre petite amie[4] ? Je lui dis tous les jours qu’il faut que le goût qu’il a pris pour elle soit bien extrême, puisque ce goût lui fait avaler, et l’été et l’hiver, toutes sortes de couleuvres ; car les inquiétudes de la canicule ne sont pas moins désagréables que la présence du carnaval : ainsi toute l’année est une souffrance.

On prétend que cette amie de l’amie[5]. n’est plus ce qu’elle étoit, et qu’il ne faut plus compter sur aucune bonne tête, puisque celle-là n’a pas soutenu le tourbillon de ce bon pays[6] La vôtre est bien admirable de soutenir

  1. 12. Perrin, dans sa première édition (1734), fait de ce qui suit une lettre à part, datée du 11 septembre ; nous avons dit que dans cette même édition il avait réuni ce qui précède à la lettre du 8.
  2. 13. Dans sa seconde édition (1754), Perrin a retranché ce membre de phrase.
  3. 14. « Mon abbé est demeuré à Paris pour parler au vôtre, » (Édition de 1754.)
  4. 15. Mme de Coulanges.
  5. 16. Mme de Maintenon.
  6. 17. Ce membre de phrase : « puisque celle-là, etc., » manque dans la première édition de Perrin (1734).