Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/41

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Valcour à Aline.

gieuses ? Mais il eût fallu un miracle… Et pour qui, grand Dieu ! pour qui la nature en fera-t-elle, si ce n’est pas pour mon Aline… N’en est-elle pas un elle-même ?… Laissez-la moi, cette opinion, ma divine amie, elle me console… Elle ajoute, ce me semble, encore au culte que je vous dois… Oui, Aline… oui, vous êtes fille d’un dieu, ou plutôt vous êtes un dieu vous-même, et c’est par vos regards que la nature entière reçoit l’existence ; vous purifiez tout ce qui vous touche, vous vivifiez tout ce qui vous entoure ; la vertu n’est douce qu’auprès de vous, on ne la connoît qu’où vous êtes ; soutenue par l’empire de la beauté, c’est sous vos traits qu’elle captive, c’est par vous qu’elle séduit : et je ne me sens jamais si honnête que lorsque je vous approche ou que je vous quitte. Qui ranimera maintenant dans mon cœur ces sentimens qui naissaient près de vous… qui me fortifiaient dans le reste de ma vie ?… Mon âme va se flétrir séparée de la vôtre, elle va devenir comme ces fleurs qui se desséchent à mesure que s’eloignent d’elles les rayons de l’astre qui les fit eclore… Ô ma chère Aline ! il n’est plus un instant de félicité