Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/58

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que de faux amis perdent, que l’expérience n’éclaire pas encore, et qui, pour comble d’aveuglement, ose trop souvent prendre pour un bonheur l’événement qui le rend maître de lui, sans réfléchir, hélas ! que les mêmes freins qui le captivaient, servaient aussi à le soutenir, et qu’il n’est plus, dès qu’ils se brisent, que comme ces plantes légères, dégagées par la chute du peuplier antique qui protegeait leurs jeunes élans, et qui bientôt expirent elles-mêmes faute de soutiens. Non-seulement je perdais des parens chers et précieux ; non-seulement je n’avais plus d’appui sur la terre, mais tout s’éclipsait, tout s’anéantissait avec eux ; cette vaine gloire qui m’avait séduit ne devint plus qu’une ombre qui s’évanouit avec les rayons qui la modifiaient. Les adulateurs fuirent, les places se donnèrent, les protections se perdirent, la verité déchira le voile qu’étendait la main de l’erreur sur le miroir de la vie, et je m’y vis enfin tel que j’étais.

Je ne sentis pas pourtant tout-à-coup mes pertes, il fallait l’affreuse catastrophe qui m’attendait pour m’en convaincre. Aline, Aline, permettez que mes larmes coulent en-