Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/59

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core sur les cendres de ces parens chéris ; puissent mes regrets éternels les venger de cette voix funeste et involontaire, qui osa crier au fond de mon âme, que regrettes-tu, tu es libre ? Oh, juste ciel ! qui put l’inspirer cette voix barbare, quel est donc le sentiment cruel et faux qui l’a fait naître ? Où trouve-t-on des amis dans le monde qui puissent nous tenir lieu d’un père et d’une mère ? quels gens prendront à nous un intérêt plus réel et plus vif ? Qui nous excusera ? qui nous conseillera ? qui tiendra le fil, dans ce dédale obscur où nous entraînent les passions ? Quelques flatteurs nous égareront ; de faux amis nous tromperont. Nous ne trouverons sous nos pas que des pièges, et nulle main secourable ne nous empêchera d’y tomber.

Il était essentiel d’aller mettre un peu d’ordre dans les biens de mon père, très-loin de son séjour, très-diminués par les dépenses où l’avaient entraîné les années qu’il avait passées dans les négociations ; mon intérêt m’obligeait, avant de songer à aucun établissement, à me rendre fort vite en Languedoc, pour prendre