Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/82

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S’il en a qui puissent faire le malheur d’Aline, sa mère saura les découvrir aussi-tôt, pour prévenir leur union. Tout sera à sa place alors ; elle aura fait ce qu’elle doit, et je n’aurai pas fait ce que je ne dois pas.

Je n’userai point de tes offres pour ce voyage-ci, nos arrangemens sont pris, ma reconnaissance n’en est pas moins la même… Ah ! que j’envie ta félicité, mon ami ; tu la verras tous les jours… à tout instant tes yeux pourront se fixer sur les siens ; tu respireras le même air qu’elle ; tu jouiras de ces mêlanges de traits… mêlanges charmans qui viennent se peindre à toutes les heures sur sa délicieuse figure… Car remarque-la bien : un sentiment… un propos… une influence dans l’air… un repas… chacune de ces choses modifie différemment ses traits. Elle n’est jamais jolie à une certaine heure comme elle la devient à l’autre ; je n’ai vu de mes jours une physionomie si piquante et si différemment expressive. Je conviens qu’il faut être amant pour étudier, pour saisir toutes ces nuances. Mais