Page:Sade - Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France, Pauvert, 1968.djvu/121

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pas malheureux, tant que ses illusions se soutiennent : le bandeau tombe-t-il ? il devient le plus infortuné des hommes… et ce qu’on avait fait prendre au roi pour le plonger dans ce cruel état n’était pas assez violent pour l’y maintenir sans cesse.

Jamais la santé de ce prince ne s’était trouvée si mauvaise que le jour où il partit du Mans, à peine toucha-t-il aux mets qui lui furent servis. Une partie de l’armée avait déjà pris la route d’Angers, quand il se mit en marche.

Malgré l’ardeur du soleil, Charles s’était extraordinairement couvert ; et pâle, triste, rêveur, il traversait ainsi la forêt loin de sa suite qui s’était écartée de lui pour ne le point incommoder.

Tout à coup un fantôme vêtu de noir s’élance d’entre deux arbres, et saisissant la bride du cheval que monte le monarque : Roi, lui dit-il d’une voix sépulcrale, ne chevauche pas en avant, mais retourne, car tu es trahi.

Ce personnage était horrible ; un affreux mélange d’intérêt et d’égarement contournait les muscles de son visage et le rendait épouvantable.

Charles frémit… des gens d’armes s’avancent et, frappant sur les mains de cet effrayant individu, ils le forcent à quitter les rênes du cheval ; mais on ne l’arrête pas… on ne l’arrête pas ! que d’idées