Page:Sade - Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France, Pauvert, 1968.djvu/222

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léans : quelle justice pouvait-elle espérer d’un prince assez faible pour ne pas même oser défendre rapproche du trône au meurtrier de son époux ? Cette malheureuse princesse courut s’enfermer dans Blois qu’elle fit fortifier ; et le duc entra dans Paris, comme dans une ville conquise. Mille hommes d’armes l’escortaient ; le reste de son armée était cantonné dans les environs.

Les Parisiens le reçurent avec des transports de joie, qui allaient jusqu’à l’ivresse ; tous semblaient retrouver en lui un protecteur, un père et le véritable réparateur de tous les maux de la France. Il logea dans son hôtel d’Artois, dont il avait presque fait une citadelle ; une garde nombreuse l’environnait, mais si ce triomphe apparent du crime put en imposer un instant à la multitude, il ne rassura jamais le coupable. Le duc si bien entouré, si bien reçu, frémissait pourtant à tel point qu’il s’était ménagé dans son hôtel une chambre secrète où il allait passer les nuits sans que personne le sût.

Son arrogance n’en était pas moins la même : il la porta au point de faire justifier l’horreur qu’il avait commise. Mais, ce qu’il y a de plus honteux, ce fut dans le sein de la religion qu’il trouva l’apologiste de son crime : un moine, un religieux, qui par état ne devait prêter son organe qu’à la défense