Page:Sade - Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France, Pauvert, 1968.djvu/56

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le lendemain les rues, à la tête des vainqueurs de Rosebeck ; toutes les armes sont portées au Louvre, et ceux qui les ont fait prendre sont exécutés sur le champ ; plusieurs d’entre eux se donnent la mort pour échapper au fer des bourreaux.

L’Université et la duchesse d’Orléans fléchissent enfin le roi ; mais le duc de Bourgogne est loin de partager cette pitié, ses intérêts ne le lui permettent pas ; et comme les biens des victimes lui reviennent, les supplices se prolongent avec cruauté.

L’avocat général Jean Desmarets, dont les hautes vertus ont illustré trois règnes, doit périr sous un prince qui n’en connaît aucune. Accablé d’ans et d’infirmités, n’ayant d’autre tort que de déplaire à ceux qui veulent le mal, on le traîne sur un échafaud, bien plutôt fait pour celui qui le condamne. À peine l’y voit-on, qu’on lui crie de demander grâce : Je ne l’implore que pour mes bourreaux, répond ce grand homme. Sa tête tombe, ses vertus restent, et son âme est aux deux.

Et toi, magistrat de nos jours dont le nom est gravé au temple de mémoire, illustre comme Desmarets, ainsi que lui tu devais périr et laisser des souvenirs imprimés par ton sang dans l’âme des Français…

Cette première iniquité devient le signal de toutes celles qui déshonorent le règne de Charles VI.

À peine Desmarets expire-t-il que le chancelier d’Orgemont représente au monarque placé sur un trône