Page:Sade - L’Œuvre, éd. Apollinaire, 1909.djvu/27

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INTRODUCTION

totalité des rapports humains d’une manière quelconque. Tout investigateur qui voudra déteriminer l’importance sociologique de l’amour devra lire les ouvrages principaux du marquis de Sade. Non pas même au niveau de la faim, mais au-dessus, l’amour préside au mouvement de l’univers. »

L’amor, che muove’l Sole e l’altre stelle,

s’écriait Dante à la fin de la Divine Comédie.

Le Dr Jacobus X a dit du Dr Duehren qu’il était un gallophobe, parce que celui-ci voit dans les événements actuels de la politique française un accord profond avec les doctrines du marquis de Sade. En effet, cet accord paraît bien profond et progressif. Qu’on ne s’étonne point de voir dans de Sade un partisan de la République. Celui qui, vers 1785, pouvait commencer ainsi un de ses contes : « Dans le temps où les seigneurs vivaient despotiquement sur leurs terres ; dans ces temps glorieux où la France comptait dans son enceinte une foule de souverains au lieu de trente mille esclaves bas, rampant devant un seul[1] », devait, abandonnant les esclaves monarchistes, aller sans regret vers les rois républicains et souhaiter une République de liberté sans égalité ni fraternité…

Un grand nombre d’écrivains, de philosophes, d’économistes, de naturalistes, de sociologues, depuis Lamark jusqu’à Spencer, se sont rencontrés avec le marquis de Sade, et bien de ses idées qui épouvantèrent et déconcertèrent les esprits de son temps sont encore toutes neuves. « On trouvera peut-être nos idées un peu fortes, écrivait-il ; qu’est-ce que cela fait ? N’avons-nous pas acquis le droit de tout dire ? » Il semble que l’heure soit venue pour ces idées qui ont mûri dans l’atmosphère infâme des enfers de bibliothèques, et cet homme qui parut ne compter pour rien durant tout le dix-neuvième siècle pourrait bien dominer le vingtième.

Le marquis de Sade, cet esprit le plus libre qui ait encore existé, avait sur la femme des idées particulières et la voulait

  1. Ce conte inédit est intitulé : La femme vengée ou la Châtelaine de Longueville. (Manuscrit de la Bibliothèque nationale.)