Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/100

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relatives à la température de l’air, à la richesse ou à la pauvreté du climat, à l’espèce d’homme qu’elles maîtrisent. Mais ces freins purement populaires n’ont rien de sacré, rien de légitime aux yeux de la philosophie, dont le flambeau dissipe toutes les erreurs, ne laisse exister dans l’homme sage que les seules inspirations de la nature. Or, rien n’est plus immoral que la nature ; jamais elle ne nous imposa de freins, elle ne nous dicta jamais de loix. O Juliette ! tu vas me trouver bien tranchante, bien ennemie de toutes les chaînes, mais je vais jusqu’à repousser sévèrement, cette obligation aussi enfantine qu’absurde, qui nous enjoint de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait. C’est précisément tout le contraire que la nature nous conseille, puisque son seul précepte est de nous délecter, n’importe aux dépens de qui. Sans doute il peut arriver, d’après ces maximes, que nos plaisirs troubleront la félicité des autres ; en seront-ils moins vifs pour cela ? Je dis plus, seraient-ils vraiment délicieux sans cela ? Cette prétendue loi de la nature à laquelle les sots veulent nous astreindre, est donc aussi chimérique que celles des hommes, et nous