Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/191

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la guerre, la famine, les secousses d’une révolution imprévue, et tous les autres fléaux de l’humanité ? Qu’ils viennent, et je les recevrai courageusement. Crois, Juliette… oui, persuade-toi bien, que lorsque je consens à laisser souffrir les autres sans les soulager, c’est que j’ai appris à souffrir moi-même sans l’être. Abandonnons-nous à la nature, ce ne sont pas des secours mutuels que son organe nous indique ; il ne fait retentir dans nous que le seul besoin d’acquérir pour nous seuls, toute la force nécessaire à endurer les maux qu’elle nous réserve, et la commisération, loin d’y préparer notre ame, l’énerve, l’amollit, et lui ôte le courage qu’elle ne peut plus retrouver ensuite quand elle en a besoin pour ses propres douleurs. Qui sait s’endurcir aux maux d’autrui, devient bientôt impassible aux siens propres, et il est bien plus nécessaire de savoir souffrir soi-même avec courage, que de s’accoutumer à pleurer sur les autres. Oh ! Juliette, moins on est sensible, moins on s’affecte, et, plus on approche de la véritable indépendance ; nous ne sommes jamais victimes que de deux choses, ou des malheurs d’au-