Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/21

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peut se prêter à des extrêmes, seulement en raison du degré de latitude, il est donc de la vraie sagesse d’adopter un milieu raisonnable entre des extravagances et des chimères, et de se faire des opinions compatibles à la fois et aux penchans qu’on a reçus de la nature, et aux lois du gouvernement qu’on habite ; et ces opinions doivent créer notre conscience. Voilà pourquoi l’on ne saurait travailler trop jeune à adopter la philosophie qu’on veut suivre, puisqu’elle seule forme notre conscience, et que c’est à notre conscience à régler toutes les actions de notre vie, — Quoi, dis-je à madame Delbène, vous avez porté cette indifférence au point de vous moquer de votre réputation ? — Absolument, ma chère ; j’avoue même que je jouis intérieurement beaucoup plus, de la conviction où je suis, que cette réputation est mauvaise, que je n’aurais de plaisir à la savoir bonne. Oh Juliette ! retiens bien ceci, la réputation est un bien de nulle valeur, il ne nous dédommage jamais des sacrifices que nous lui faisons ; celle qui est jalouse de sa gloire, éprouve autant de tourmens que celle qui la néglige ; l’une craint toujours que ce bien