Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/22

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précieux ne lui échappe, l’autre frémit, de son insouciance. S’il est donc autant d’épines dans la carrière de la vertu que dans celle du vice, d’où vient se tourmenter autant sur le choix, et d’où vient ne pas s’en rapporter pleinement à la nature, sur celui qu’elle nous suggère ? — Mais en adoptant ces maximes, objectai-je à madame Delbène, j’aurais peur de briser trop de freins. — En vérité, ma chère, me répondit-elle, j’aimerais autant que tu me dises que tu craindrais d’avoir trop de plaisir. Et quels sont-ils donc ces freins ? osons les envisager de sang-froid… des conventions humaines presque toujours promulguées sans la sanction des membres de la société, détestées par notre cœur… contradictoires au bon sens… conventions absurdes, qui n’ont de réalité qu’aux yeux des sots qui veulent bien s’y soumettre, et qui ne sont que des objets de mépris, aux yeux de la sagesse et de la raison… Nous jaserons sur tout cela, je te l’ai dit, ma chère, je l’entreprends, ta candeur et ta naïveté me prouvent que tu as grand besoin d’un guide dans la carrière épineuse de la vie, et c’est moi qui t’en servirai.

Rien n’était effectivement plus délabré que