Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/218

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de force et de caractère  ; l’égalité de partages, née de l’égalité de forces, fruit de sa main, évitait alors toute envie de s’enrichir aux dépends des autres  ; de ce moment le vol devenait impossible  ; mais quand l’homme reçoit des mains de cette nature qui le crée, une conformation qui nécessite et l’inégalité des partages et le vol, effet certain de cette inégalité, comment pouvoir s’aveugler au point de croire que le vol puisse l’offenser  ? Elle nous prouve si bien que le vol est sa loi la plus chère, qu’elle en compose l’instinct des animaux. Ce n’est que par des vols perpétuels, qu’ils parviennent à se conserver  ; que par des usurpations sans nombre, qu’ils soutiennent leurs vies  : Et comment, l’homme, lui n’est lui-même qu’un animal, a-t-il pu croire que ce que la nature imprégnait au fond du cœur des animaux, pût, chez lui, devenir un crime.

Lorsque les loix se promulguèrent, lorsque le faible consentit à la perte d’une portion de sa liberté, pour conserver l’autre, le maintien de ses possessions fut incontestablement la première chose dont il desira la paisible jouissance, et le premier objet