Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/217

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deux bons germains dans leurs lits, nous passons dans un cabinet délicieux, où Dorval, après avoir déchargé une seconde fois dans le con de Fatime, en me gamahuchant, nous expose, de la manière suivante, l’apologie de ses goûts singuliers.

Une seule distinction, mes amies, différencie les hommes dans l’enfance des sociétés, c’est la force ; la nature leur a donné à tous un sol à habiter, et c’est de cette force, qu’elle leur a également départie, que va dépendre le partage qu’ils en feront ; mais ce partage sera-t-il égal, pourra-t-il l’être, dès que la force seule va le diriger ? Voilà donc déjà un vol établi ; car l’inégalité de ce partage, suppose nécessairement une lésion du fort sur le faible, et cette lésion, c’est-à-dire le vol, la voilà donc décidée, autorisée par la nature, puisqu’elle donne à l’homme ce qui doit nécessairement l’y conduire. D’une autre part, le faible se venge, il met l’adresse en usage, pour rentrer dans des possessions que lui ravit la force, et voilà l’escroquerie, sœur du vol, également fille de la nature ; si le vol avait offensé la nature, elle aurait formé des hommes égaux