Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/227

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de la compassion que l’homme heureux fait du malheureux à lui ; cette jouissance vraiment délicieuse, ne s’établit jamais mieux aux regards de l’homme fortuné, que quand le malheur qu’il produit est complet. Plus il écrase ce malheureux, plus il rehausse le prix de la comparaison, et plus, par conséquent, il alimente sa volupté. Il a donc deux plaisirs bien réels dans ses concussions sur le faible, et l’augmentation qu’il fait de ses fonds physiques, et la jouissance morale des comparaisons qu’il rend d’autant plus voluptueuses, que ses lésions affaiblissent l’infortune. Qu’il pille donc, qu’il brûle, qu’il ravage, qu’il ne laisse plus à ce malheureux que le souffle qui doit prolonger une vie, dont l’existence est nécessaire à l’oppresseur, pour établir ses loix de comparaison ; tout ce qu’il fera sera, dans la nature, tout ce qu’il inventera ne sera que l’usage des forces actives qu’il en a reçu, et plus il exercera ces forces, plus il constatera son plaisir ; mieux il usera de ses facultés, et mieux par conséquent il aura servi la nature.

Permettez, chères filles, poursuivit Dor-