Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/248

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


munes, et si j’ai trente mille livres de rente, aujourd’hui, je puis bien dire que j’en ai gagné les trois-quarts à livrer des culs. Les cons ne valent plus rien, ma fille, on en est las, personne n’en veut, et je renoncerais tout-à-l’heure au métier, si je ne trouvais plus de femmes disposées à cette essentielle complaisance. Demain matin, mon cœur, poursuivit l’insigne maquerelle, je livre ton pucelage masculin au vieil archevêque de Lion, qui te les paye cinquante louis ; garde-toi d’opposer aucune résistance aux desirs énervés de ce bon prélat, ils s’évanouiraient bientôt si tu t’avisais de les combattre. Ce sera bien plus à ta soumission qu’à tes charmes que tu devras les preuves de sa virilité, et si le vieux despote ne trouve pas un esclave en toi, tu n’auras dans lui qu’un automate.

Parfaitement instruite du rôle que je dois remplir, j’arrive le lendemain sur les neuf heures du matin à l’abbaye de Saint-Victor, où logeait le prélat, lors de ses voyages à Paris ; le saint-homme m’attendait au lit. Madame Lacroix, dit-il à une femme fort belle, d’environ trente ans, et qui me parut n’être là que pour servir de tiers dans les