Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/275

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celle, ressentie par celui qui aura mangé le million après s’être sourdement défait de l’héritier ? À tel point que le bonheur soit dans notre façon de penser, ce n’est point tant que par des réalités qu’il enflamme notre imagination, et telle flattée que puisse être celle de notre honnête homme, assurément il n’aura pas fait éprouver, par son bonheur idéal à son individu, autant de sensations piquantes qu’auront pu le faire toutes les jouissances réitérées, que ce sera très-physiquement procuré l’autre avec son million. Mais le vol… mais le meurtre de l’héritier auront, direz-vous, contrebalancé son bonheur ; nullement si ses principes sont faits, toutes ces choses là ne peuvent nuire au bonheur, qu’autant qu’elles donnent des remords ; mais l’homme affermi dans sa façon de penser ; celui qui sera parvenu à vaincre entièrement en lui ces réminiscences fâcheuses du passé, goûtera le bonheur sans mélange, et la différence qu’il y aura de l’un à l’autre, consistera en ce que le premier ne pourra s’empêcher de dire dans certaines occasions de sa vie. Ah ! si j’avais pris ce million, j’en jouirais, au lieu que l’autre ne dira jamais… Pourquoi