Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/281

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comme une cousine, et je devins chargée de ce moment, de faire les honneurs de chez lui.

Il me fut cependant impossible de ne pas saisir un moment pour aller revoir mon ancienne matrone ; j’étais bien éloignée de l’envie de l’abandonner tout-à-fait ; mais pour mieux en tirer parti, je ne voulais pas avoir l’air de me jeter à sa tête. Viens, viens, ma chère Juliette, me dit la Duvergier aussitôt qu’elle me vit, je t’attendais avec impatience, j’ai mille et mille choses à te dire ; nous nous enfermons dans son cabinet, et là, après m’avoir embrassé bien chaudement, félicité du bonheur que je venais d’avoir, de plaire à un homme aussi riche que Noirceuil ; Juliette, me dit-elle, écoute-moi.

Je ne sais quelle idée tu te fais de ta nouvelle position ; mais si tu allais malheureusement t’imaginer que ta qualité de fille entretenue t’engageât à une fidélité à toute épreuve, et cela avec un homme qui voit sept ou huit cents filles par an, certes, mon ange, tu serais dans une grande erreur ; quelque riche que soit un homme, et quelque bien qu’il nous fasse, nous ne lui devons