Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/290

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matin sont pour la débauche ; le cœur seul sera satisfait ce soir.

À côté d’elle est une dévote, regarde son costume ; cette coquine-là passe sa vie au sermon, à la messe et au bordel ; elle a un mari qui l’adore, mais qui ne peut la corriger, aigre, impérieuse dans son ménage, elle croit que ses momeries doivent lui faire pardonner tout. Quoique son pauvre époux ait fait sa fortune, elle ne le rend pas moins le plus malheureux des hommes ; elle me donne à moi une peine horrible pour la contenter, parce qu’elle ne veut foutre qu’avec des prêtres. Il est vrai que l’âge et la tournure lui sont de la plus grande indifférence, pourvu que ce soit un croque dieu, la putain est contente.

Au dessous d’elle est une femme entretenue, à deux cents louis par mois ; on lui donnerait le double, qu’on ne l’empêcherait pas de faire des parties ; c’est une de mes élèves ; son vieil archevêque parierait ses bénéfices, qu’elle est plus chaste que la vierge, aux dépens de qui le drôle la nourrit ; si tu voyais comme elle le trompe : Voilà l’art des femmes, Juliette, il faut l’employer dans notre état, ou se résoudre à y mourir de faim.