Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/291

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Vient ensuite une petite bourgeoise de dix-neuf ans, jolie comme tu vois, au-delà de tout ce qu’il est possible de dire ; il n’y a rien que son amant n’ait fait pour elle ; il l’a retirée de la misère, il a payé ses dettes, il la tient maintenant sur le meilleur pied ; elle desirerait les astres, qu’il essayerait, je crois, de les déplacer pour les lui offrir, et la petite putain n’a pas un moment à elle qui ne soit employé à foutre. Ce n’est pas le libertinage qui guide celle-ci, c’est l’avarice ; elle fait tout ce qu’on veut, elle passe avec qui bon me semble, pourvu qu’on la paye très cher : a-t-elle tort ? Le brutal à qui je vais la livrer, la mettra pour six semaines au lit ; mais elle aura dix mille francs ; elle s’en moque — Et l’amant ? Bon ; une chûte, un accident, avec l’art qu’elle a, elle en imposerait à Dieu même.

Cette petite fille, continua la Duvergier, en me montrant un enfant de douze ans, joli comme l’amour, est dans un cas plus singulier ; c’est sa mère même qui la vend par besoin ; toutes deux pourraient s’occuper, on leur offre même du travail, elles