Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/336

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de la nature offre à la faux de tes passions ; moissone-les donc sans aucune crainte ; imite l’araignée, tends tes filets, et dévore impitoyablement tout ce qu’y jette la main savante de la nature.

Mon ami, m’écriai-je en pressant Noirceuil dans mes bras, que ne vous dois-je point, pour dissiper ainsi dans moi les affreuses ténèbres de l’enfance et du préjugé ! vos sublimes leçons deviennent pour mon cœur ce qu’est la rosée bienfaisante aux plantes desséchées par le soleil. O lumière de ma vie, je ne vois plus, je n’entends plus que par vous seul ; mais en annulant à mes yeux le danger du crime, vous me donnez l’ardent desir de m’y précipiter. Me guideriez-vous dans cette route délicieuse ? Tiendrez-vous devant moi le flambeau de la philosophie ? Vous m’abandonnerez peut-être après m’avoir égarée, et mettant avec moi-même en action, des principes aussi durs que ceux que vous me faites chérir, livrée à tout le péril de ces maximes, je n’aurai plus au milieu des ronces dont elles sont semées, ni votre crédit pour m’y soutenir, ni vos conseils pour me diriger.

Juliette, me répondit Noirceuil, ce que