Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/337

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tu dis prouve de la faiblesse… exige de la sensibilité, et il faut être forte, et dure quand on se décide à être méchante ; tu ne seras jamais la proye de mes passions ; mais je ne te servirai jamais non plus ni d’étai, ni de protecteur ; il faut apprendre à marcher et à se soutenir isolément dans le chemin que tu choisis ; il faut savoir se garantir seule des écueils dont il est rempli, se familiariser à leur vue, et même à la destruction du navire, s’il vient à briser contre eux ; le pis aller de tout cela, Juliette, c’est l’échafaud, et en vérité, c’est peu de chose. Dès qu’il est décidé que nous devons mourir un jour, n’est-il donc pas égal que ce soit là ou dans notre lit. Faut-il l’avouer, Juliette, assurément le premier qui n’est l’affaire que d’une minute, m’effraye infiniment moins que l’autre, dont les accessoires peuvent être horribles ; quant à la honte, elle est en vérité si nulle à mes regards, que je ne la mets pour rien dans la balance. Tranquilise-toi donc, ma fille, et vole de tes propres ailes, tu courreras toujours moins de dangers. — Ah Noirceuil ! vous ne voulez pas quitter vos principes même pour moi. — Il n’est aucun être dans