Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/359

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mettre en usage pour me guérir de ce sentiment pénible, tout faire pour l’empêcher d’avoir, à l’avenir, aucun espèce d’accès sur mon ame. Une fois que j’aurai réussi (et cela se peut en s’accoutumant par degrés au spectacle des maux d’autrui), je ne me rendrai plus qu’au charme de me satisfaire ; il ne sera plus balancé par rien, je ne craindrai plus le remords, parce qu’il ne pourrait plus être la suite que de la commisération, et elle est éteinte ; je me livrerai donc à mes penchans, sans frayeur ; je préférerai mon intérêt ou mon plaisir à des maux qui ne me touchent plus, et je sentirai que perdre un bien réel, parce qu’il en coûterait une situation malheureuse à un individu (situation dont le choc ne peut plus arriver jusqu’à moi), serait une véritable ineptie, puisque ce serait aimer cet étranger plus que moi, ce qui heurterait toutes les loix de la nature, et tous les principes du bon sens. »

Que les liens de famille ne te paraissent pas plus sacrés, Juliette, ils sont tout aussi chimériques que les autres ; il est faux que tu doives quelque chose à l’être dont tu es sorti ; encore plus faux, que tu doives un