Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/373

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vant, par la réunion des deux, près de douze mille livres de rentes, je crus qu’il était tems de travailler un peu pour moi-même ; et que le rôle de jouet de l’avarice des autres, ne convenait plus à ma petite fortune.

Un an se passa de la sorte, perdant lequel je fis quelques parties pour mon compte, mais dans lesquelles le hasard n’offrit plus à mon adresse les mêmes moyens de se signaler ; d’ailleurs, toujours écolière de Noirceuil, toujours plastron de ses débauches, toujours detestée de sa femme.

Quoique nous vécussions dans l’indifférence, Noirceuil qui, sans m’aimer, faisait le plus grand cas de ma tête, continuait de me payer fort cher ; j’étais entretenue de tout, et vingt-quatre mille francs par an, pour mes plaisirs ; joignez à cela la rente de douze mille que je m’étais faite, et vous jugerez de mon aisance. Me souciant assez peu d’hommes, c’était avec deux femmes charmantes, que je satisfaisais mes desirs ; deux de leurs compagnes se mêlaient quelquefois à nous, il n’y avait sortes d’extravagances que nous n’exécutions alors.

Un jour, une des amies de celle de mes femmes que j’aimais le mieux, me supplia