Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/381

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qu’il ait fait pour vous, n’acquiert de droit, si vous êtes juste, qu’à votre perpétuelle antipathie ; vous profiterez de son service, mais vous détesterez celui qui vous le rend ; son existence vous pesera, vous ne le verrez jamais sans rougir ; si on vous apprend sa mort, vous vous en réjouirez intérieurement ; il vous semblera être dégagés d’un poids… d’une servitude, et l’assurance d’être délivrés d’un être aux yeux duquel vous ne pouviez plus paraître, sans une sorte de honte, deviendra nécessairement une jouissance : Que dis-je, si votre ame est vraiment indépendante et fière, peut-être irez-vous bien plus loin, peut-être le devrez-vous même… Oui, vous irez jusqu’à détruire cette existence qui vous gêne ; vous vous débarasserez de la vie de cet homme, comme d’un fardeau qui vous fatigue ; et loin que le service rendu ait fait naître dans vous de l’amitié pour ce bienfaiteur, il n’aura, comme on voit, produit que la haine la plus implacable. Oh ! combien cette réflexion doit prouver, Juliette, le ridicule et le danger de rendre des services aux hommes. Après ma manière d’analiser la reconnaissance, vois, ma chère, si je veux de la tienne, et si je